Fleurs des nuits
Lotis, auteur

Les premières notes du tome I : Machine à soupirs

Le spectateur

Machine à soupirs... Lotis, nouvel auteur

J’en ai marre. Ras-le-bol de ces pluies de mots, de mes obsessions. Ça ne m’appartient pas, toutes ces images entrevues, floues dans ma tête. Ce n’est pas mon histoire. Appelez-moi comme vous voudrez, témoin, acteur. Ni l’un ni l’autre de ces termes ne m’est applicable. Je n’étais que spectateur parfois, tout au plus.
Bon, si je raconte, je ne m’investis pas. J’essaie seulement de rendre compte de ce que je sais. De ce que j’apprends. De ce que je pressens. Ça me brûle la gorge, raconter.
Peut-être que certains points me touchent de près. Peut-être aussi que des éléments m’échappent. Pas assez présent. Trop à d’autres moments. Trop proche ou trop loin, le point de vue. C’est suivant. Il y a la voix de Cassandre, une robe rouge. Le corps de Lina. Il y a Annabelle, ah Annabelle. Les autres aussi. Mark eh oui, même lui. Surtout lui. Une foule de personnages. Des personnalités marquantes, qui m’ont marqué en tout cas. Je me tords le cerveau à force d’y penser, mais je ne peux pas vous dire ce que je devrais. Commencer ? Par quoi, d’abord ? Par Mark et par Cassandre ? Alors que ce n’est pas clair ?
Commencer quand même. L’histoire pourrait commencer par… une fille en noir. Qui fumait sa cigarette.

Les premières notes du tome II : Nos noirs miroirs

Le spectateur

nos noirs miroirs... Lotis, nouvel auteur

J’ai laissé parler le silence. Pendant des années. C’était mieux, je croyais, de le subir. Il devait me ronger de l’intérieur. Un beau matin, boum, je me suis réveillé, je me suis dit :
« Il faut continuer. »
Pour qu’elles vivent encore à travers d’autres mémoires, mes fleurs des nuits. Pour qu’elles résistent dans le présent comme elles étaient par le passé. Pour Annabelle. Pour Lina-Rébecca. Pour les morts sur ma conscience de pourri.
Nous voilà, ma copine Cassandre et moi, avec un point commun. Elle victime, moi plutôt dans le camp des bourreaux. Tous les deux avec notre lot de deuils bien personnel à gérer jusqu'à notre dernière heure. Merde. Si j’avais su...
Un jour peut-être, je saurai parler de moi… Rien à foutre. J’ai été du mauvais côté de l’humanité. Pas besoin de psy, j’avais un souci avec mon paternel. Peut-être que je ressemblerais à Mark aujourd’hui. Si je n’avais pas eu un sens profond de l’amitié. Des valeurs qu’il n’a pas. C’est facile, hein, pour un assassin d’en accabler un autre. Mais justement et je ne me soigne pas. Je n'ai pas d’excuse. J’étais à peine sorti de l'adolescence, pas lui. S’il en fallait une, d’excuse, ce serait celle-là. Lui, il savait ce qu’il faisait, il le voulait même. Moi, j’étais seulement un jeune con dépassé par la tournure de ma vie.